Sur ordre des autorités françaises, les « tirailleurs sénégalais », du camp militaire de Thiaroye, sont massacrés pendant la nuit (le 1er décembre 1944, vers 3 heures du matin) par l'armée française, parce qu'ils réclamaient leur solde !
La tragédie se déroule au Sénégal. Vers la fin du mois de novembre 1944, un bataillon de 1280 tirailleurs arrive au camp de transit de Thiaroye pour être démobilisés. Il s'agit d'un retour forcé en Afrique. Ces hommes se sont battus contre les Allemands pour libérer l'Europe et en particulier la France. Certains avaient été torturés par les boches. Leur fierté d'anciens combattants fait bientôt place à la désillusion devant les promesses non tenues par la France, concernant en particulier leur pécule, les humiliations et le racisme de la hiérarchie militaire au sein de l'armée française. D'énormes discriminations apparaissent dans le paiement de solde, à cause de la couleur de la peau. Les tirailleurs se mutinent et s'emparent d'un général qui finit par promettre de régulariser la situation. Enorme mensonge ! car à peine remis en liberté, il sera donné l'ordre de massacrer les tirailleurs. Pendant la nuit (le 1er décembre 1944, vers 3 heures du matin), plusieurs unités de l'armée française, appuyées par la gendarmerie, vont massacrer ces Héros Noirs, réveillés en plein sommeil et complètement désarmés et dupés. Ils ont payé très cher leur confiance en la France. Il y a très peu de survivants et les autorités françaises vont garder le silence sur le nombre exact des tués. Des chiffres farfelus sont avancés mais « il n'y a jamais eu de commission d'enquête indépendante sur cette affaire » précise Charles Onana.
Ce journaliste d'investigation, auteur de livres sur le Rwanda et sur Bokassa, a eu l'occasion de dire dans le magazine Cité Black (numéro 36, lundi 06 septembre 2004) : « ce fut un carnage à ciel ouvert, un bain de sang préparé et exécuté par l'armée française. En 44, les tirailleurs demandent, comme les soldats français, leur solde de prisonnier de guerre. Mais les colons, aigris et frustrés de voir que ce sont des africains qui reviennent victorieux alors qu'ils sont restés trop longtemps fidèles à Pétain, ne l'entendent pas de cette oreille. Les télégrammes venant de la métropole expliquent qu'il faut restaurer le prestige du Blanc à l'égard du Noir. Ils décident de les massacrer purement et simplement pour solde de tout compte. »
Déjà cité, le magazine Cité Black écrit : « Malgré ces faits d'armes, aucun combattant d'Afrique n'eût l'honneur de défiler le jour de la libération sur les Champs-Élysées. Pire, tous les bataillons avaient été blanchis ! »
La cristallisation des pensions des « tirailleurs sénégalais » La loi de finances de 1959 « signifie en termes simples que les anciens combattants africains qui avaient lutté pour la France allaient désormais toucher une pension inférieure à celle qu'ils recevaient jusque-là. Pis, celle-ci se présenterait sous forme d'indemnités fixées à la « tête du client ». » D'autres lois viendront renforcer cette loi.
Le mensonge et l'ignorance sont entretenus dans nos livres d'histoire. Les Américains sont présentés comme les champions de la libération de la France, les Africains et plus généralement les Noirs (car il y avait aussi des Antillais) font figure de « lépreux » ou de « singes ».
A lire rapidement : « La France et ses tirailleurs, enquête sur les combattants de la République », Charles Onana, éditions Duboiris, 2003.
A voir impérativement : le film de Ousmane Sembene, « Camp de Thiaroye », version original française et wolof STF, 1988, 147 minutes, Sénégal.
*info de africamaat